Chien qui aboie : et si on arrêtait de vouloir le faire taire ?

Chien qui aboie : et si on arrêtait de vouloir le faire taire ?

« Mon chien aboie tout le temps, comment je peux le faire arrêter ? » C’est une des questions que j’entends le plus souvent, que ce soit lors d’une balade éducative, en bilan à domicile ou même en message sur les réseaux. Et à chaque fois, ma première réponse surprend un peu : je ne cherche jamais à faire taire un chien. Je cherche à comprendre pourquoi il aboie.

L’aboiement n’est pas un problème, c’est un message

On a souvent tendance à voir l’aboiement comme un défaut à corriger, un peu comme on corrigerait une mauvaise habitude. Mais un chien qui aboie, c’est un chien qui s’exprime. L’aboiement fait partie de son langage, au même titre que les postures, les regards ou les signaux “d’apaisement” ou de communication. Il ne parle pas pour ne rien dire : il communique quelque chose, à un moment donné, dans un contexte précis.

Ça peut être de la peur, de la frustration, de l’excitation, de l’ennui, une demande d’attention, un besoin de prévenir d’un danger perçu, ou encore une réaction à une douleur. Autant de causes différentes, qui n’ont évidemment rien à voir les unes avec les autres. C’est là que ça devient intéressant : deux chiens qui aboient de la même façon en apparence peuvent en réalité exprimer des choses complètement opposées.

Pourquoi vouloir “stopper” l’aboiement ne fonctionne pas

Quand on cherche uniquement à faire cesser l’aboiement, sans se demander d’où il vient, on traite le symptôme et pas la cause. C’est un peu comme éteindre un voyant d’alerte sur un tableau de bord sans vérifier ce qu’il signale. Le chien continuera à ressentir ce qui le pousse à aboyer, il trouvera juste un autre moyen de l’exprimer, ou pire, il finira par ne plus rien exprimer du tout ce qui n’est pas non plus une bonne nouvelle.

C’est pour ça que dans mon accompagnement, la première étape n’est jamais une technique pour “faire taire” un chien. C’est de l’observation : dans quel contexte aboie-t-il ? Face à quoi ? Depuis quand ? Est-ce que ça s’accompagne d’autres signaux (posture basse, poils hérissés, halètement, regard fuyant) ? Ces éléments-là racontent une histoire, et c’est cette histoire qu’il faut comprendre avant d’envisager quoi que ce soit.

Quelques causes fréquentes d’aboiement

Voici quelques situations que je rencontre régulièrement en accompagnement :

  • La peur ou l’insécurité : le chien aboie pour mettre à distance ce qui l’inquiète (un bruit, une personne, un autre chien).
  • La frustration : il veut accéder à quelque chose (un congénère, une personne, une friandise) et ne peut pas, alors il l’exprime bruyamment.
  • L’ennui ou le manque de stimulation : un chien qui n’a pas assez d’occasions d’exprimer ses comportements naturels peut se mettre à aboyer sans déclencheur évident en apparence.
  • La douleur ou l’inconfort : c’est une cause qu’on oublie trop souvent, et qui mérite toujours d’être écartée en premier, surtout en cas de changement brutal de comportement.

Chacune de ces causes appelle un accompagnement complètement différent. Répondre à de la peur comme on répondrait à de la frustration ne fera qu’aggraver la situation.

Certaines races sont-elles plus “vocales” que d’autres ?

Oui, et ce n’est pas un hasard. Certaines races ont été sélectionnées, historiquement, pour un travail où la vocalisation faisait partie intégrante de leur fonction. Résultat : l’aboiement (ou le hurlement) est chez elles une prédisposition génétique, pas un simple trait de caractère individuel.

  • Le Samoyède, surnommé la “pintade des neiges” à cause de son cri caractéristique, était utilisé par les populations nomades de Sibérie pour garder les rennes et alerter en cas de danger. Sa vocalisation faisait partie de son rôle : prévenir, à distance, sans forcément agir physiquement.
  • Le Beagle est un chien utilisé pour la chasse. Sa “voix” (un aboiement particulier appelé donner de la voix) servait à indiquer aux chasseurs qu’il avait trouvé une piste, à plusieurs centaines de mètres. On l’a donc sélectionné génétiquement pour aboyer beaucoup et fort : c’est un outil de travail, pas un défaut.
  • Le Husky sibérien, lui, hurle davantage qu’il n’aboie. Chien de traîneau vivant historiquement en groupe sa voix utilisée pour maintenir le contact au sein du groupe sur de longues distances.

Dans ces trois cas, la vocalisation n’est pas un accident : elle a été volontairement conservée et renforcée par l’humain, parce qu’elle était utile à un moment donné de l’histoire de la race. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut rien faire avec ces chiens, mais ça change complètement l’angle d’approche : on ne “corrige” pas une prédisposition raciale comme on gère un aboiement ponctuel lié à un contexte. On en tient compte, on adapte les attentes, et on travaille avec cette caractéristique plutôt que contre elle.

Ce que je propose à la place

Plutôt qu’une méthode toute faite, je propose d’abord un temps d’observation du chien dans son environnement, pour identifier les déclencheurs réels. Ensuite, on travaille sur la cause : rassurer un chien qui a peur, canaliser un chien frustré, enrichir le quotidien d’un chien qui s’ennuie. L’aboiement diminue alors naturellement, parce qu’il n’a plus de raison d’être aussi présent  sans qu’on ait jamais cherché à le supprimer directement.

C’est aussi ce qu’on retrouve dans les repères déontologiques du MFEC, qui insiste sur une approche du chien centrée sur la compréhension de ses besoins plutôt que sur la simple gestion de ses comportements gênants.

Si votre chien aboie beaucoup et que vous ne savez plus comment réagir, n’hésitez pas à prendre le temps d’observer avant d’agir. Et si vous préférez être accompagné pour identifier précisément ce qu’il essaie de vous dire, je vous propose d’en discuter ensemble lors d’une bilan comportemental .